Rencontre avec Franck Larriviere

Rencontre avec Franck Larriviere

Qu’ils soient bénévoles, responsables de magasin, accompagnateurs, organisateurs de manifestation ou randonneurs, ces acteurs du vélo participent tous à la diffusion du VTT dans les Alpes de Haute-Provence.

Nouveau portrait de la série avec Franck Larrivière, un amoureux du VTT, passionné des grands espaces montagneux et des Alpes de Haute-Provence.

 

Touche-à-tout infatigable, Franck est également un collaborateur Vtopo qui a déjà deux ouvrages à son actif ! Véritable chasseur de spots, cet aventurier fourmille de projets. Mais que ce soit comme guide VTT ou moto, auteur, Franck Larrivière a toujours en tête de partager ses meilleures pépites.

Bonjour Franck, peux-tu te présenter ?

J’ai 53 ans, je vis dans les Alpes-Maritimes mais mon cœur balance pour les Alpes de Haute-Provence que je côtoie depuis mon enfance 😉
Après avoir eu des responsabilités dans de grands groupes informatiques, je suis indépendant depuis une dizaine d’années dans le domaine de la prestation informatique auprès des particuliers et petites entreprises.
En dehors de l’informatique j’ai également lancé deux projets autour de l’accompagnement VTT et moto, une autre de mes passions. « Ridetheriviera » a ainsi vu le jour l’an dernier.

Comment es-tu arrivé à la pratique du VTT ?

Je suis un pratiquant assidu de la randonnée à pied et du ski de piste ou de montagne. Sans exagérer je pense avoir fait quasiment tous les sommets du 04 et du 06 qui dépassent les 2500-3000 mètres d’altitude.

J’aime les grands espaces, les beaux paysages et ce sentiment infini de liberté.

Je suis arrivé au VTT sur le tard. Ma première expérience s’est faite avec un modèle semi-rigide de chez Décathlon. Je m’en servais avec bonheur pour rouler avec mes deux jeunes filles. Mais je manquais de temps pour vraiment me mettre à la pratique.

En 2006, j’ai comme une révélation, en Savoie : je découvre le VTT tout-suspendu ! Le côté ludique, ce « fun » m’ont immédiatement conquis. Du coup je passe rapidement sur un modèle Canyon puis plus tard sur un Trek.
L’évolution du matériel permet d’aller plus loin, plus haut, d’explorer de nouveaux sentiers.
Je ne pensais pas pouvoir un jour monter jusqu’au sommet de la tête de Fréma, mais petit à petit je me suis ouvert à ces pratiques plutôt extrêmes que je pensais réservées aux autres…

La notion de compétition ne m’intéresse pas, je privilégie le cadre paysager avec une pratique « all mountain » ou « enduro light ». J’aime être en montagne, faire des rencontres, partager ces moments. Le maître-mot est prendre du plaisir.

Peux-tu nous parler de ton expérience Vtopo ?

J’étais un membre actif du forum communautaire de Greg Germain (auteur du Vtopo 06 et 83 et du blog 1001sentiers). Un jour ce dernier me propose de participer à un circuit au départ de Roquestéron dans les Alpes Maritimes. Je me prends au jeu et Greg m’informe du fait que Cédric Tassan cherche un auteur pour le département du 04, deux conditions sont nécessaires : bien connaître le terrain et avoir du temps.

Je propose donc à Cédric de m’occuper de l’Est du département jusqu’à la Durance et ce pour une durée de 2 ans car je lançais en même temps une autre activité professionnelle.
Tous les auteurs des Vtopo diront certainement la même chose que moi : cette mission a été plus chronophage que prévu ! On se dit qu’on connaît bien un secteur, qu’en « sortant » une vingtaine de parcours que l’on connait déjà par cœur on en trouvera vite 30 supplémentaires mais au final c’est plus compliqué !
Étant très exigeant avec moi-même j’ai vérifié à chaque fois que cela se présentait les différentes alternatives de tracés. Le second tome (Vtopo VTT Alpes de Haute-Provence Edition 2017-2018) est d’ailleurs d’après moi bien plus réussi que le 1er. Avec l’expérience on va à l’essentiel, on se sert aussi des retours qu’on a pu avoir.

Comment s’est organisée ta collaboration avec Cédric Tassan ?

Cette expérience Vtopo a été très enrichissante. Après quelques échanges / propositions, Cédric m’a rapidement laissé carte blanche. Cela a été pour moi très important car je suis plutôt autonome, j’aime m’organiser comme je le souhaite.
Nous avons validé un découpage (zone montagnes, bassin Dignois, Val de Durance …) et j’ai parcouru en long en large et en travers les Alpes de Haute-Provence de 2008 à 2010.
Le 1er Vtopo est sorti au printemps 2011 et sa mise à jour en 2017 avec de nouveaux circuits et des ajustements sur ceux qui sont conservés.

L’objectif a été de mettre en avant les différents spots que composent cette destination en évitant de rester uniquement sur les zones les plus connues. Je suis par exemple fier d’avoir proposé des parcours autour de Soleilhas ou Annot. Ces territoires offrent un potentiel exceptionnel et ils sont encore malheureusement très méconnus des vététistes.

Le mot de Cédric :

« Franck est un auteur attachant. Il est passionné par son territoire et adore trouver de nouvelles traces.On travaille ensemble depuis de nombreuses années et je peux clairement dire que je n’ai jamais été déçu par ses parcours. Il sait parfaitement s’adapter à l’ensemble des pratiquants et cherche toujours le meilleur.

C’est agréable d’avoir à ses côtés des auteurs aussi compétents que Franck. On peut suivre ses parcours les yeux fermés ! »

Cédric Tassan  – www.vtopo.fr

Les Alpes de Haute-Provence semblent t’avoir adopté (à moins que ce ne soit l’inverse), quand a eu lieu la première rencontre ?

Depuis gamin je monte régulièrement dans le Val d’Allos, à La Foux. J’aime particulièrement ce secteur que j’arpente en VTT depuis 2006.

J’ai posé mes premiers crampons autour de Castellane. Ce secteur se situe environ à 1 heure de Cannes ce qui est un atout non négligeable.
De plus il combine pour moi ce que je recherche dans la pratique du VTT à savoir les grands espaces, le côté « sauvage », un réseau de sentiers très riche et de nombreuses découvertes insoupçonnées.
J’aime également ce secteur des Gorges du Verdon pour la qualité de son sol à la fois boisé et terreux. Le grip est excellent, les panoramas parmi les plus grandioses d’Europe, les sensations sont exceptionnelles !

Quel serait LE lieu du 04 où tu conseillerais de rider ?

Par affinités personnelles deux lieux me semblent sortir du lot.
D’un côté il y a Digne les Bains, avec sa communauté de vététistes à l’excellent niveau technique et la profusion de traces de qualité.
De l’autre j’aime particulièrement les secteurs de Barcelonnette et du Haut-Verdon avec de hautes montagnes, des vallées profondes et des dénivelés qui dépassent rapidement le kilomètre positif !
La profusion de sentiers tantôt montants, tantôt négatifs ou en balcon permet une pratique de vélo de montagne très variée.
La dernière descente en single du « chemin horizontal » est une pure merveille avec ses quasi 1000 mètres négatifs ! A l’arrivée sur Faucon de Barcelonnette, la « banane » est obligatoire !

Je retrouve aussi dans ces lieux une cohabitation réelle entre les marcheurs et les vététistes. Nous pourrions même bientôt étendre ce constat pour les VTTAE. Il faut prendre en compte cette pratique nouvelle, différente de ce que l’on connaît avec le VTT.
Dans le 06 nous manquons parfois de sentiers sur certains secteurs. La pression immobilière est bien réelle dès qu’on se rapproche un peu trop du littoral et faire passer aux mêmes endroits vélos et piétons est parfois compliqué. Par exemple la commune de Théoule sur Mer a interdit les VTT sur ses sentiers. C’est vraiment regrettable car tous les vététistes se retrouvent sanctionnés alors que des comportements agressifs, vitesse inadaptée lorsqu’on croise ou rattrape des piétons est le fait d’une petite minorité, mais je ne peux pas nier que cela existe.

Peux-tu nous raconter une anecdote vécue dans les Alpes de Haute-Provence ?

En 2007-2008 je suis en plein repérage pour ma mission Vtopo. Je suis accompagné par Christophe Caron qui m’amène dans le très beau massif des Monges, au départ de Clamensane. Ce tour est splendide, le panorama exceptionnel car à perte de vue.
Nous étions sur la montagne de Jouère au-dessus du lac des Monges lorsque je lui dis « au prochain village je te paie une bière » ! Mais à chaque hameau traversé (que je voyais bien sur la carte IGN !) aucun bar n’était ouvert, ils avaient tous fermé depuis bien longtemps ! 😉

Typiquement cela n’existe pas dans le 06. Nous n’avons pas d’étendues si vastes et si sauvages.

Un lieu où manger ET dormir ?

Pour manger je conseillerais le refuge du col d’Allos. La cuisine de Pierre est vraiment sympa, il fait beaucoup d’efforts et cela se ressent bien.

Pour dormir j’irais sans hésiter au Gîte Les Granges à Fouillouse. Inès et Odilon vous accueilleront avec le sourire !
J’en profite pour rajouter que dans ce coin de Haute-Ubaye vous êtes au départ d’un circuit que j’affectionne particulièrement celui qui passe par le col du Vallonnet et de Mirandol au départ de Saint-Ours ou de Fouillouse.

Comment donnerais-tu envie aux touristes de venir poser leurs roues cramponnées dans les AHP ?

C’est une question difficile, malgré des paysages grandioses, des spots incroyables, pour moi les Alpes de Haute-Provence ont deux contraintes de taille : un certain isolement en matière d’infrastructures routières et une barrière due à la langue. Les bas-alpins ne parlent pas suffisamment anglais et une partie du département perd cette clientèle.

A titre de comparaison la Pass’Portes combine ces deux points :
– Les étrangers du Nord et de l’Est de l’Europe arrivent à l’aéroport de Genève ;
– Après une heure de route ils sont aux Gets où tout le monde parle anglais ;
(NDLR : 6500 inscrits au 1er mars 2018!)

D’autre part bien que la région ait fait un effort considérable ces 5 dernières années je trouve que le « panneautage » est encore faible par endroits. Les balises jaunes de randonnée indiquant un point GPS, une altitude et les distances devraient être encore plus présents. Globalement les choses évoluent dans le bon sens malgré des moyens qui ne sont pas comparables avec ceux de la Haute-Savoie ou des Alpes Maritimes voisines. En contrepartie les touristes étrangers sont certains de trouver ici une authenticité qui tend parfois à se perdre ailleurs, les villages sont souvent habités par les mêmes familles depuis des générations par exemple.
Un gros point fort des Alpes de Haute-Provence est certainement la variété des terrains rencontrés, l’abondance des sentiers qui relient villages et hameaux. On peut rouler ici pratiquement toute l’année sur des sentiers extrêmement variés, aptes à satisfaire tous les niveaux. Il faut aller rouler ailleurs pour se rendre compte à quel point les vététistes locaux sont gâtés par leur environnement.
Enfin j’ai en parallèle une activité d’accompagnement VTT. Je vois avec certaines demandes que les gens manquent de temps. Sur la semaine qu’ils passent dans le Sud-Est, 3 jours sont consacrés aux Alpes-Maritimes en mode détente, et bien souvent seulement 2 ou 3 pour l’arrière-pays. Leur temps est limité et ils veulent combiner au maximum les spots où rider. Il est donc nécessaire d’accéder rapidement aux lieux. Or l’éloignement du 04 des grandes métropoles et aéroports de Marseille ou Nice lui porte un peu préjudice.

Économiquement parlant il est – je pense – nécessaire de développer les axes de desserte des Alpes de Haute-Provence mais aussi de s’ouvrir à l’anglais, lien international !

En quoi consiste le projet RidetheRiviera ?

Cette idée m’est venue par hasard, grâce à mon activité informatique. En discutant avec mes clients étrangers (essentiellement européens) sur la pratique VTT, plusieurs en sont arrivés à cette conclusion : ils ont envie de rouler mais ne savent pas où aller !

Pour cela les anglo-saxons sont très pragmatiques, leurs attentes se basent sur :
– Je veux quelqu’un pour m’amener faire du VTT et ne pas avoir à consulter des cartes ou un GPS ;
– Je veux un itinéraire sur mesure, adapté à mes capacités techniques et physiques ;
– Je veux en prendre pleins les yeux !

Pour répondre à cette demande j’ai donc sélectionné 20 sorties que je connais particulièrement bien et qui offrent une variété de situations, de paysages représentatifs de tout ce qu’on trouver dans la région. 50 % sont basées dans le 06 et 50 % dans le 04. A partir de ces itinéraires il est possible d’ajouter ou retirer des kilomètres pour adapter le parcours aux demandes des participants. Je propose aussi du « sur-mesure » pour répondre à une demande précise, cela peut être une descente particulièrement longue ou une traversée en balcon au-dessus de la mer par exemple. Récemment j’ai accompagné un couple dont l’objectif était une randonnée sportive de 3 à 4 heures avec au retour le soleil qui se couche sur la mer ! J’ai dû gérer le tempo, j’avais même pris un thermos de thé et des tasses avec moi pour partager ce moment assez magique ! 😉

En règle générale je rejoins les clients au point de départ en ayant bien-sûr pris soin de tout préparer en amont. La prestation est essentiellement basée sur la mise au point de l’itinéraire, sur le fait de limiter les contraintes à la personne qui aura payé pour bénéficier de ces conseils. Les commandes peuvent être parfois très précises !

Je suis en train de monter un projet similaire pour l’accompagnement moto dans l’arrière-pays du 06 et mais également du 04.

Libre expression :

Les Alpes de Haute-Provence offrent un formidable terrain de jeu pour le VTT. C’est pour moi un terrain de découverte exceptionnel. De par sa faible densité de population il est possible de s’aventurer dans des territoires totalement isolés, le côté « nature » est donc très présent.

Même si les stations de moyenne montagne sont bien équipées (je pense par exemple à Montclar et au Grand Puy) il manque selon moi un vrai balisage pour des circuits faciles, hors remontées mécaniques, accessibles au VTTAE. Il faut comprendre que dans la majorité des cas les pratiquants ne savent pas vraiment où rouler, ils cherchent le bon sentier adapté à leurs capacités.
En effet ce type de pratique risque d’exploser dans les 5 ans à venir. La clientèle est connue : 50 ans et plus, personnes qui manquent de temps mais qui ont les moyens et qui veulent se faire plaisir lors d’un ride. C’est une clientèle souvent moins sportive que celle du VTT (mais pas toujours !) dont la pratique est plutôt ballade – randonnée pour le dépaysement bien plus que pour le défi physique.
La pratique du VTT évolue et touche maintenant des tranches d’âges plus importantes, il reste un vrai développement à faire.

A bientôt dans les Alpes de Haute-Provence !

Propos recueillis Pierre André (VTTenProvence) / Échange Skype le mardi 27 février 2018.

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